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Une entreprise écoféministe, ça change quoi concrètement?

29 septembre 2026 | Nouvelles, Nos 3 piliers, Permaculture

Qu’est-ce qu’une entreprise écoféministe?

Qu’est-ce qu’une entreprise écoféministe, concrètement? Chez Fertiles, l’écoféminisme ne se limite pas à une valeur affichée sur notre site. Il influence nos collaborations, nos négociations, nos tarifs, les mandats que nous acceptons et parfois ceux que nous refusons.

Inscrire l’écoféminisme dans une entreprise: l’histoire de Fertiles

J’ai donc décidé de donner comme valeur l’écoféminisme à mon entreprise, Fertiles, qui a pour mission d’accompagner des projets collectifs de transition socioécologique via la philosophie de la permaculture. C’est symbolique, bien sûr, parce que l’écoféminisme est davantage un mouvement politique qu’une simple valeur d’entreprise. Mais pour moi, cela englobe l’idée d’être consciente et de cultiver une honnêteté intellectuelle face à l’état du monde – ce fameux caillou dans la chaussure.

Peut-on, pas à pas, exploiter moins et au minimum dénoncer ce qui doit l’être?
Je crois que oui.

Alors, comme la philosophie de la permaculture le propose – et comme certaines cultures le rappellent – prenons soin les un·es des autres et aussi de celles et ceux que nous ne voyons pas, prenons soin de la nature, des vivants et partageons équitablement les ressources incluant l’argent, les décisions, l’information, l’éducation.

Allons au-delà de notre cercle social immédiat, au-delà de celles et ceux dont nous connaissons les prénoms. Tant d’autres méritent tout autant de vivre dans la dignité et la sécurité.

Comment fait-on ça dans une entreprise? Comment fait-on ça dans un quotidien?
On essaie de dompter notre peur et notre ego. On tente de ne plus être dans la stratégie qui vise à prendre du pouvoir sur l’autre, à vouloir constamment un avantage.

Fertiles, c’est aussi une entreprise qui ne se soumet pas à ses client·es. Nous définissons ensemble des objectifs socioécologiques et, si nous voyons que, petit à petit, les client·es souhaitent davantage faire du socialwashing ou du greenwashing que transformer réellement leurs pratiques, nous le nommons. Oui, nous leur disons. Et parfois, nous partons.

Légalement, et même en termes de relation client·e et de risque financier, c’est très inconfortable.

Mais rappelons-nous ce qu’est une entreprise à la base: une manière d’échanger et de rendre service à sa communauté.

Zhanar, boulangère dans son village natal au Kazakhstan, y vend son fameux naan tandoor auprès des siens, qui ont désormais du pain à chaque jour. Enrique, qui cultive sa terre au Costa Rica, nourrit sa famille, mais aussi ses voisin·es parmi lesquels de nombreux cousin·es. Et Florina, en Haïti, peut préparer le poisson pour le vendre dans son quartier où vit son amie d’enfance Rose, enceinte de son troisième enfant.

C’est vrai: mettre l’écoféminisme comme valeur chez Fertiles est encore une fois un caillou dans ma chaussure.

Mais qu’est-ce que cela représente en comparaison des violences et des injustices que vivent tant d’autres, ici et ailleurs?

Une boussole au quotidien: choisir avec qui, et comment, on marche

À partir du moment où j’assume que ce caillou dans la chaussure n’est pas un accident, mais un choix éthique, une autre question arrive immédiatement: qu’est-ce que ça change, concrètement, dans ma manière d’être en affaires? Pas dans mes intentions. Dans mes gestes.

Parce qu’une entreprise, ce n’est pas seulement une « mission » ou des « valeurs » sur un site internet. C’est un enchaînement de micro-décisions: qui j’appelle, qui je paye, qui je mets de l’avant, à qui je dis oui, à qui je dis non, à quel rythme, à quel prix, avec quel niveau de risque et dans quel rapport de pouvoir – explicite ou non.

Dans mon quotidien d’entrepreneure, l’écoféminisme n’est donc pas un drapeau. C’est plutôt une pratique d’attention: un art de regarder les dynamiques invisibles derrière les choses qui ont l’air « normales ». Garder un point de vigilance constant sur nos propres biais. Une manière de me demander, régulièrement: qu’est-ce que je reproduis, sans m’en rendre compte? Et si je le vois, qu’est-ce que je fais avec ça?

Faire vivre une entreprise écoféministe, pour nous, signifie donc regarder autant nos décisions quotidiennes que les impacts des projets que nous accompagnons.

Les collaborations: à qui j’ouvre la porte (et pourquoi c’est rarement neutre)

Il y a une question qui revient souvent chez Fertiles: à qui j’offre une opportunité? À qui je confie un mandat, à qui je propose une collaboration, à qui je tends un micro, à qui j’offre un « prix sympa », à qui je décide de faire confiance.

Je remarque que, spontanément, les hommes se rendent visibles. Ils écrivent plus vite, se proposent plus vite, se présentent plus facilement comme légitimes. Et ce n’est pas une critique morale: c’est une observation de socialisation. Alors si je me contente de « prendre ce qui se présente », je ne choisis pas: je laisse le système choisir à ma place.

Ça demande donc un effort volontaire: aller chercher les femmes ou personnes minoritaires – et plus encore, celles qui portent d’autres formes de minorisation, celles qui sont moins visibles, moins « dans les bons réseaux », moins à l’aise de s’avancer, parfois plus fatiguées ou plus précaires. Cela signifie également soutenir leur empuissancement lorsque nécessaire sans être paternaliste. Avec le temps, j’ai l’impression que ma boussole se précise: quand quelqu’un·e me confie un sentiment d’imposture, j’y vois souvent un signe de lucidité et de sensibilité, pas un manque de valeur. Et, bien souvent, ce sont ces personnes-là avec qui je finis par collaborer.

C’est souvent plus lent. Parfois plus risqué. Mais c’est précisément pour ça que c’est une pratique: parce que le réflexe dominant est plus facile. Et parce que mon confort n’est pas un bon indicateur d’éthique.

Le financement et la négociation: un endroit très concret où l’éthique se joue

Dans le milieu de la transition socioécologique, il y a une réalité brutale: les budgets et les ressources allouées sont souvent faibles, instables et les financements de mes client·es fragiles. Si je veux rémunérer correctement les personnes avec qui je travaille – et permettre à Fertiles de tenir debout – il faut négocier. Et négocier, quand on a été socialisée à être « fine », à être « raisonnable », à ne pas prendre trop de place, c’est un apprentissage parfois violent.

J’ai dû apprendre à demander plus, non pas par désir de « gagner », mais pour que ce que nous faisons soit viable et juste. Mais comment rester dans un esprit de réciprocité au milieu du capitalisme et du patriarcat?

Avec le temps, j’ai développé une manière de négocier qui me ressemble davantage: en misant sur des accords de réciprocité, des tarifications équitables, et, quand c’est pertinent, en négociant des licences Creative Commons pour la propriété intellectuelle de certains livrables réalisés pour des client·es, afin qu’ils puissent aussi bénéficier à la société. C’est une posture qui cherche une forme de justesse relationnelle plutôt qu’un bras de fer. Ce n’est pas magique. Ce n’est pas toujours possible. Mais c’est une tentative de sortir du réflexe d’extractivisme et de domination (ou de soumission) pour entrer dans une logique de coopération lucide.

Faire entreprise autrement, sans prétendre être parfaite

Chez Fertiles, cette réflexion ne reste pas théorique. Elle influence notre façon d’accompagner les municipalités, MRC, OBNL, entreprises et projets agricoles dans la transformation de leurs systèmes alimentaires territoriaux.
Nous travaillons à l’intersection de l’alimentation, de la biodiversité, de la gouvernance collaborative, de la permaculture et du biorégionalisme.
Vous cherchez à rendre votre système alimentaire plus résilient, plus juste et plus ancré dans son territoire?Chez Fertiles, cette réflexion ne reste pas théorique. Elle influence aussi notre façon d’accompagner les organisations et les territoires dans la transformation de leurs systèmes alimentaires.

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